Regard décalé sur Saint-Denis et l’île-Saint-Denis

VIDÉO. Deuxième étape pour les reporters citoyens : la découverte de l’île-Saint-Denis et de Saint-Denis. Aux portes de Paris, un fleuve et un monde sépare les deux villes, l’une discrète et paisible, l’autre effervescente et connue dans le monde entier grâce à son stade de France. Virée joyeuse et créative des reporters citoyens, bien décidés à combattre les clichés sur leur banlieue.


Touristes à Saint-Denis et à L’Île-Saint-Denis… par latelelibre

De la Corse du “9-3″ à la cité des rois

Que connaît-on de la Seine-Saint-Denis ? Sa banlieue, ses violences, ses trafics ? Le “9-3″ comme on l’appelle, “souffre de maltraitance médiatique. On ne parle que d’un aspect étriqué de la réalité et on n’aborde presque jamais ce qui va bien, notamment toutes les initiatives sociales, solidaires et le brassage multiculturel !”, regrette Jean-Yves originaire de l’île-Saint-Denis.

Avec ses 7 000 habitants, l’une des plus petites communes du département, l’île-Saint-Denis forme un petit croissant insulaire de 1,7 km2 au beau milieu de la Seine. Discrète, la petite ville – longtemps tenue par les communistes puis relayés par Les Verts depuis 2001 – est une bulle verte nichées entre Saint-Denis et Genneviliers. “Une forêt, un petit port avec des péniches, était-on vraiment en banlieue ?”, s’interroge Assa de Viry-Châtillon. On passe de ce petit quai de Seine, aux cités puis à la zone pavillonnaire pour finir dans un parc, qui l’eu cru ? Pas moi en tout cas…”, s’extasie Salma de Créteil. Pas peu fier de faire découvrir sa ville d’enfance, Marius s’enorgueillit sans complexe : L’Ile Saint-Denis, la Corse du “9-3″, possède un caractère insulaire, c’est une ville ouverte au monde où tout le monde se connait.” Une île de beauté avec tous les stéréotypes de sa cousine méditerranéenne ? Aux jeunes citoyens de mener désormais l’enquête lors de futurs reportages…

Côté clichés, il est facile de passer le pont, se rendre de l’autre côté de la Seine, à Saint-Denis, la plus célèbre et peuplée ville du département. Mais attention, Hélène nous prévient : “Je n’aime pas qu’on parle mal d’elle. Les critiques que j’ai pu entendre viennent souvent de la méconnaissance de cette ville et c’est cela qui m’agace le plus.” Grande ville industrielle touchée par la crise, fief communiste depuis près d’un siècle, Saint-Denis est traditionnellement une ville populaire et ouvrière. Très cosmopolite, elle accueille plus de 36 % d’immigrés sur ses près de 107 000 habitants.

Si Saint-Denis renoue depuis quelques années avec une activité économique liée aux services, le taux de chômage reste encore très fort avec près de 22 %…

Pour une première découverte, les reporters citoyens ont préféré mettre l’accent sur le vivier associatif très actif. Arrivé à Saint-Denis depuis deux ans, Engueran est particulièrement séduit par les créations d’artistiques locales : “Ces lieux alternatifs sont pour nous des lieux de rencontres culturelles et sociaux. Des sculpteurs, des musiciens, des photographes…, proposent leurs créations à travers divers événements. Ils sont le plus souvent en autogestion, ce qui leur permet une plus grande liberté dans leur proposition.” Artistes, sans-papiers, citadins, Roms, touristes, libraires, militants les reporters citoyens croisent l’effervescence de Saint Denis. Finalement Marius propose une vision toute citoyenne : “En fait, voyez Saint-Denis comme un coquillage, un coquillage abandonné, sale et moche, mais qui possède en son sein une perle des plus magnifiques. La ville des rois est pleine de contradictions. Regardez ceux qui visitent la Basilique de Saint-Denis  [où sont enterrés la plupart des rois de France] font tout pour ignorer ce qu’il y a autour, alors que nombre de Dyonisiens ignorent à leur tour l’existence de la Basilique. Saint-Denis semble coincé entre ses deux extrêmes : Son Histoire et son histoire. Celle des rois et celle des émeutes. Comme si rien n’existait entre les deux, alors que tout l’intérêt de cette ville tient dans cet équilibre précaire entre gloire d’antan et défi d’aujourd’hui.”

Par Sabah Ramani, coordinatrice de Reporter-Citoyen