Un grand homme – et un ami – nous a quittés

Stéphane Hessel est décédé dans la nuit du mardi 26 au mercredi 27 février. À plus de 95 ans, un âge qui fait que la mort ne devrait plus vraiment être une surprise. Et pourtant…

Et pourtant… la mort de cet éternel résistant a été un vrai choc. D’abord parce que, malgré la fatigue, l’énergie militante qui le portait semblait indéracinable. Ensuite, parce que Stéphane semblait garder intacte la flamme de sa jeunesse. Et beaucoup, au matin du 27 février, ont dû se sentir, comme moi, orphelins de quelque chose.

Enfant de la véritable histoire de « Jules et Jim », né en Allemagne, étudiant en France, résistant puis déporté à Buchenwald (où il échappe de très peu à la mort), associé après-guerre à la rédaction de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, ambassadeur de France et défenseur des sans-papiers, passionné de poésie et militant des droits du peuple palestinien, auteur enfin d’un petit livre, « Indignez-vous ! », qui devait connaître un succès surprenant (y compris pour lui-même) : la vie de Stéphane Hessel ne peut se résumer, tant elle est riche en événements et en sens. Mais avec un axe commun : l’amour de la vie et de l’humanité.

Stéphane était aussi un ami de Reporter citoyen. Très vite, dès qu’il avait appris les contours de notre aventure, il en avait épousé la cause avec enthousiasme. Et la Fondation Un monde par tous, à laquelle il apportait son active contribution, nous a, à deux reprises, épaulés. La seconde fois pour que six Reporters citoyens puissent partir au Proche-Orient, cette région du monde à laquelle le liaient affection et colère. Le 10 décembre dernier, il était à la Chancellerie pour voir la ministre de la Justice, Christiane Taubira, remettre le Prix des droits de l’Homme de la République française à son ami, le journaliste israélien Michel Warschawski, pour son travail d’information sur les crimes de la colonisation en Cisjordanie. C’est la dernière fois que je l’ai vu, toujours prompt à s’indigner comme à s’enthousiasmer.

Et puis, en mars 2012, en association avec le magazine « vivant, critique et poétique » « Mardi ça fait désordre », nous l’avions invité à Créteil pour une soirée sur le thème « La politique, trop vieille pour les jeunes ? ». Son dialogue avec Mohamed Mechmache (président d’AC Lefeu) et Michel Butel (directeur du mensuel L’impossible) nous avait épatés, tant par sa pertinence que par son impertinence. Stéphane Hessel avait confié ne pas craindre la mort mais « l’attendre avec gourmandise ». Moins d’un an plus tard, elle était donc au rendez-vous. Nos pensées vont vers lui, qui nous a tant apporté. Et vers sa femme Christiane, compagne de vie et alliée de tous ses infatigables combats.

Retrouvez ici le reportage réalisé par l’équipe de LaTéléLibre place de la Bastille.