Peut-on faire du journalisme dans les quartiers ?

Du 16 au 19 novembre, les Assises internationales du Journalisme se tenaient à Strasbourg, au Conseil de l’Europe. Parmi les ateliers du mercredi 17 au matin, l’un était consacré aux journalistes qui travaillent en banlieue. Quatre Reporters citoyens étaient présents. Cynthia (Stains) raconte.

C’est dans une salle pleine et une ambiance studieuse que la conférence débute. Un endroit spacieux et impressionnant où beaucoup de journalistes sont présents. Une conférence très intéressante sur ces journalistes qui travaillent en banlieue et, pour la plupart, aiment y aller. Quartiers ? Dès le départ, le mot a posé un problème à l’animateur de l’atelier, Alain Le Gouguec (rédacteur en chef de France Inter). Mais aussi à tous les intervenants qui sont tombés d’accord avec le terme « quartier discriminé » lancé par Sabrina Kassa (qui anime l’atelier Dawa de Bobigny).

Travailler dans les quartiers est considéré comme difficile, et le traitement de l’information sur les banlieues par les médias est souvent incompris par les personnes qui y vivent. Pour connaître ces quartiers, il faut « y passer du temps » et « y aller régulièrement », estime Jean-Michel Décugis, journaliste au Point, récemment sous les projecteurs pour s’être fait « piéger » par Abdel, un jeune de Clichy-sous-Bois qui s’est fait passer auprès de lui pour une femme de mari polygame !

Grand média en flagrant délit de bidonnage et manipulation..
envoyé par daily-censorship-. – L’info internationale vidéo.

Tout le monde peut travailler en banlieue, il faut juste s’y intéresser et ne pas venir avec des idées toutes faites. Malheureusement, beaucoup y arrivent avec une idée précise de ce qu’ils vont en tirer. Pour Nabila Laïb, journaliste à France 2 et habitante d’une cité de Vitry-sur-Seine, « les banlieues sont le souffre douleur » de la société. Et quand la France va mal, ce sont elles que l’on montre du doigt. C’est pour cela qu’Abdel préfère parler de « révolte sociale », et non pas d’« émeutes », à propos des événements de 2005 après la mort de Bouna et Zied à Clichy-sous-Bois.

Lors de cet atelier, le terme « fixeur » a aussi posé problème. A l’origine, il désigne un guide rémunéré (généralement « au noir ») par des journalistes pendant une guerre ou un conflit. Mais on l’utilise de plus en plus au sujet des banlieues. A Clichy-sous-Bois, Abdel se considère plutôt comme un « contact », mais reconnaît qu’il est rémunéré et livre sans problème à l’atelier ses « tarifs »…

Au cours de cette conférence, peu de représentants des grandes chaînes, voire pas du tout, se sont manifestés. Mais étaient-ils présents ? Une confrontation avec les journalistes qui travaillent en banlieue aurait sûrement été intéressante. Un échange avec Ladji Real (producteur d’une contre-enquête sur « La cité du mâle ») aurait permis de mieux comprendre pourquoi une chaîne comme Arte a diffusé ce documentaire. C’est ce qui manquait à cette conférence.

Aujourd’hui, les personnes qui vivent en banlieue sont réticentes à parler de leur vie. Elles savent que ce qui intéresse les médias, c’est de choquer ou d’avoir une exclusivité, et non de parler des belles choses que l’on peut vivre dans ces quartiers ou des personnes qui réussissent dans ces zones dites « sensibles ». L’image des médias dans les banlieues est si déplorable que beaucoup ne s’imagineront jamais travailler dans ce milieu.

Cynthia Ouamara

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