Les jeunes et les poly-tics

“Poly-tics !” Étudier et comprendre la place de la politique chez les jeunes étudiants était un défi, mais passionnée de politique et très curieuse, j’ai voulu m’investir dans ce zoom sur le rapport des étudiants de la ville de Lannion (là où j’étudie le journalisme) avec la politique. Quels sont leurs tics politiquement parlant ? Les partis et valeurs auxquels ils sont attachés ? J’ai essayé à travers mon enquête de découvrir ce qui les fait tiquer, les énerve, et même parfois les dégoûte. Cette “enquête” n’a pas la prétention de détenir la vérité ou même de recenser toutes les opinions. Je l’ai réalisé sur une bonne vingtaine d’étudiants  à qui j’ai posé les mêmes questions. J’ai voulu découvrir si la politique fait réellement tiquer les étudiants et surtout pourquoi, en voici la synthèse.

manifetudiants

Par Atouma Diarra

La politique ne semble pas susciter un grand intérêt pour les étudiants : 60% des étudiants sondés assument ne pas la suivre du tout quand 30% affirment la suivre approximativement, enfin, les 10% restants la suivent très régulièrement.

Pour la première tranche d’étudiants, l’argument principal est une méfiance totale vis-à-vis de la politique mais surtout des politiques. Contrairement à certaines idées reçues, cela n’est pas généré par un manque de compréhension des enjeux mais plutôt à un sérieux doute quant à l’utilité de le faire. Une impression que la politique se fait malgré eux et que donner leur avis ou s’y intéresser n’aura aucune conséquence. Ce sentiment est partagé chez tous les étudiants, qu’ils suivent la politique ou non. Selon un étudiant en mesures physiques “ c’est un casting de gens qui veulent gouverner tout le monde à tout prix.”

On retrouve ce constat dans la tranche des étudiants qui suivent plus ou moins la politique. Ils la suivent parce que c’est pour eux un devoir, tout en dressant un portrait sombre des politiques qui pour beaucoup sont “tous les mêmes”. Il y a un décalage entre la politique telle qu’elle est pratiquée par les politiciens et ce qu’elle devrait être selon eux. Ils décrivent la politique comme composée “de gens pleins aux as qui ne se préoccupent que de leur petits soucis, plus efficaces à prendre de l’argent qu’à régler les problèmes” alors que, pour la majorité d’entre eux, elle devrait être “un espace d’expression des idées, des opinions et faire en sorte que les gens vivent mieux”.

C’est dans cette optique que les 10% restants des étudiants sondés suivent la politique de très près. Un étudiant en informatique explique que “c’est un moyen de faire évoluer les choses” bien qu’il rejette le fonctionnement actuel de la politique.

Face à ce désaveu général des politiques, les étudiants se tiennent éloignés des partis institutionnels. Aucun d’entre eux n’a déjà milité, même si une minorité y a déjà songé, alors qu’un tiers a déjà participé à des manifestations et mobilisations. Un paradoxe qui pointe du doigt ce qui leur pose réellement problème, c’est-à-dire les politiciens. Un étudiant de mesures physiques rappelle “les magouilles de Copé contre Fillon à la présidence de l’UMP” et conclu par “tous pourris”. Une vision partagée par l’ensemble des sondés qui, dans ce climat politique actuel tendu, préfèrent se tenir à l’écart.

LES TENDANCES POLITIQUES DES ÉTUDIANTS

La majorité d’entre eux ne perçoivent pas de grandes différences entre la gauche et la droite car leur politique se ressemblerait. “Il n’y a de frontières que par le nom” selon un étudiant de mesures physiques, néanmoins des tendances nettes se dégagent.

Une survie des valeurs idéologiques attribuées au parti d’antan.

Les étudiants sondés ont une vision bien définie de ce que les partis traditionnels devraient être. Ils les voient toujours selon les valeurs qu’on leur attribuait dans le passé. Ainsi, interrogés au sujet de la gauche, tous évoquent la solidarité, le partage et l’ouverture d’esprit. Des valeurs qui ont bâti la gauche mais qui selon eux ne sont plus mises à l’honneur. À contrario, la droite est vue comme étant “bling bling”, “individualiste” et “pro patron”. Aucun étudiant n’a utilisé de mot positif pour parler de la droite. Elle subit moins de critiques car les étudiants n’attendent rien d’elle. Les jeunes questionnés sont attachés aux valeurs d’une gauche qui n’a plus rien à voir avec celle d’aujourd’hui et qui, de ce fait, les déçoit. Selon deux étudiants en informatique à l’ENSSAT, la gauche c’est ”un changement que l’on n’a finalement pas vu car, quels que soient les partis, ce sont les patrons du CAC 40 qui décident pour le gouvernement.”

Du néant de l’extrême gauche à l’horreur de l’extrême droite

Malgré l’attachement fort aux valeurs dites de gauche, l’extrême gauche n’existe pas vraiment selon les étudiants. Elle ne correspond à rien dans le paysage politique et certains la qualifient même d’inutile car non seulement d’être inaudible, elle est aussi inactive. Alors que l’extrême droite, elle, provoque de vives réactions. Tous les sondés la qualifient de “raciste” voir de “nazi”, “inquiétante pour l’avenir”. Cette profonde désaffection pour les valeurs de l’extrême droite et la distance avec l’extrême gauche confirment la peur que les étudiants ressentent vis-à-vis des partis dits “d’extrême”. Pour la majorité d’entre eux “il ne peut rien sortir de bon des extrêmes”.

”Quand les dégoûtés seront partis, il ne restera plus que les dégoûtants” disait Pierre Mauroy. Un processus à inverser ?