L’écologie politique et la France : un nouveau défi ?

COP 22. Un an après la COP21, Lucile Schmid, vice-présidente de la Fondation de l’écologie politique, dresse un bilan des engagements de la France et de ses citoyens en matière d’écologie et présente ses attentes pour la Conférence qui s’ouvre à Marrakech.

Propos recueillis par Alexandre BEN HAMIDA.

Comment la France s’engage-t-elle sur les questions écologiques ?

La situation est paradoxale : les Français sont très conscients des enjeux écologiques, alors que le pays s’est construit sur un modèle niant l’importance de l’écologie. C’est visible avec l’agriculture et l’alimentation. La France a été un moteur dans la construction de la Politique Agricole Commune (PAC). Ce modèle, fondé sur la production intensive et l’exportation, est éloigné de l’agro-écologie. Or, malgré cette agriculture productiviste, les Français ont été plus de 100 000 à signer la pétition de la députée EELV Brigitte Alain promouvant le bio dans les cantines.

Quelle est la situation dans le secteur de l’énergie ?

La France occupe une place à part en Europe sur le plan énergétique. Elle produit 75 à 80% de son électricité par le nucléaire, à côté de pays comme la Pologne usant beaucoup de charbon, ou l’Allemagne choisissant de sortir du nucléaire pour développer les énergies solaires. Ce choix atypique fait dès les années 70 était justifié par la volonté d’être une nation indépendante. Mais c’est un leurre, puisque la France ne possède pas d’uranium et utilise des ressources minières venant d’Afrique. Qui plus est, nous n’avons pas anticipé les difficultés à long terme quant à la gestion des centrales : il faut savoir que nous n’en avons jamais démantelé une seule. 

Quelle est la place de l’écologie dans la politique en France ?

On a tendance à réduire l’écologie à la préoccupation d’un groupe politique voire à quelque chose d’extérieur à la politique, sauf si elle peut servir à verdir les programmes électoraux. Bien qu’elle soit présente dans le débat public, on ne peut espérer une transformation de notre modèle, si l’écologie reste exclue de l’action politique. Le monde politique français oppose une résistance ultra-conservatrice au changement. Il faudrait renouveler la sociologie de la classe politique, qu’elle s’ouvre à la diversité.

Quel est votre avis sur la COP21 ?

Cette conférence fut un grand succès, débouchant sur un accord climatique universel prouvant que l’on pouvait mobiliser la diplomatie française pour l’écologie. La France a insisté pour que l’accord de Paris soit rapidement ratifié par un nombre de pays représentant 55% des émissions de gaz à effet de serre. On aborde donc la COP22 dans l’optique de la mise en vigueur de cet accord pour 2020. La rapidité du consensus montre qu’un grand cadre universel a été posé, mais les feuilles de route précises restent à écrire par les États.

Qu’attendez-vous de la COP22 ?

La ministre marocaine de l’Environnement envisage la COP22 comme celle de l’action. Mais qu’est-ce qu’une COP de l’action ? Est-ce revenir avec des feuilles de routes précises contre le réchauffement climatique ? Pourra-t-on discuter concrètement de la dette écologique des États du Nord envers ceux du Sud ? À Paris, la question de cette responsabilité n’avait pas réellement été mise en avant. Les pays du Sud demandent des engagements en matière de financement.

Et quelles sont les perspectives ?

Avant la COP21, un engagement avait été pris stipulant que 100 milliards de dollar par an seraient donnés pour l’adaptation des pays du Sud. Le choix de cette somme, insuffisante, ne clarifie pas la façon dont elle sera répartie et distribuée, ni quels secteurs seront concernés. Beaucoup de questions réclament une mise au clair par écrit. Le déroulement de la COP22 dans un pays du Sud, à la diplomatie très active à l’international, pourrait favoriser une meilleure prise en charge de cette problématique.

 

A lire : La France résiste-t-elle à l’écologie ? Lucile Schmid, Ed. Le Bord de L’eau, 2016

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