« Le changement climatique pénalise les populations les plus faibles »

COP22. L’Odyssée des Alternatives Ibn Battuta, milite pour la justice climatique en méditerranée et au Sahel. Du 19 au 10 novembre, une expédition euro-africaine a sillonné la mer méditerranée en reliant six ports pour relier les peuples, valoriser les solutions alternatives, et porter la voix de ceux que l’on n’entend pas. Barcelone en Espagne, La Seine-sur-Mer (Toulon) en France, Porto Torres en Italie, Gabes en Tunisie, Alger en Algérie et enfin Tanger au Maroc, l’expédition a terminé son périple à la COP 22. Entretien avec Guillaume Durin, coordinateur de l’association.

Propos recueillis par Ndeye SAMB (France)

Comment vous est venu l’idée de ce projet ?

Deux ans avant la Cop 21, en Octobre 2013, nous nous sommes mobilisés à Bayonne en France sur la question du climat et la justice sociale, car le changement climatique affecte les populations dominées et engendre des inégalités économiques très fortes. Si la Cop 21 a été un succès diplomatique, elle a été un échec climatique, car elle n’a pas produit les résultats attendus. Des territoires entiers ont été touchés et ce sont les populations les plus faibles qui sont les plus atteintes.

Quel est l’objectif de l’Odyssée des Alternatives ?

L’objectif est de dire qu’en Méditerranée et au Sahel, il existe des gens qui essayent de changer les choses et d’apporter des solutions afin de mettre un terme à la dégradation du climat. Elles ont aussi besoin de plus de reconnaissance. Par exemple, au Sénégal, des femmes qui sont très impliquées dans l’Odyssée des Alternatives, font preuve de grandes capacités d’adaptation et sont très investies dans le reboisement des mangroves. Cette démarche a une utilité écologique, car cela empêche que les vagues ne dévorent la côte, et permet en même temps la reproduction des poissons et des coquillages. Il est de notre devoir d’attribuer plus d’importance à des gens à qui l’on ne donne jamais la parole et les aider dans leurs démarches écologistes.

Et côté Méditerranée, quels constats dressez-vous ?

Cette région du monde constitue un hot spot, c’est à dire un point chaud du changement climatique. Ce dernier affecte la capacité des populations à subvenir à leur besoin en eau douce, ce qui engendre des problèmes d’accès à l’eau potable, perturbe les écosystèmes maritimes et cause ainsi la disparition de poissons et de terres arables. Le réchauffement climatique a des conséquences néfastes sur l’agriculture et la pêche qui constituent le poumon économique de la méditerranée. Alors qu’avant la Méditerranée était un immense lieu de partage, elle devient un cimetière ! On élève des murs là où la crise environnementale se conjugue à la crise sociale.  L’Odyssée des Alternatives veut relier les territoires, les hommes et leurs environnements.

Pourquoi le changement climatique est-il aussi nocif pour les populations ?

Les changements climatiques provoquent des migrations. Lorsque les populations perdent leurs ressources dans leur village en raison de la dégradation du climat (sécheresse, innondations, etc.) comme dans le Delta du Saloum au Sénégal par exemple, elles doivent se rendre dans la ville d’à côté, puis à Dakar. N’ayant pas les moyens de se construire une maison, elles grossissent les bidonvilles et les banlieues de la capitale. Cela engendre alors des problèmes sociaux. Et si on ajoute des inondations qui se produisent durant la saison des pluies, pour les populations, c’est la catastrophe. La migration vers d’autres pays devient alors une alternative pour certains.

Quelles actions menez-vous pour limiter les dégâts climatiques?

Nous avons organisé des évènements et nous avons mis en place une dynamique de mobilisation afin de sensibiliser les populations. Nous avions commencé à Bayonne et ensuite notre organisation Ibn Battuta s’est diffusée plus largement en lançant un appel à la multiplication des sièges d’alternatives et des villages alternatifs. Cela consiste en la mobilisation des solutions citoyennes et émancipatrices, liées aux défis tels que l’agroécologie, le transport, l’eau. Toutes les solutions existent.

Pourquoi avoir choisi Barcelone pour  le départ?

En octobre 2013, nous avions organisé à Barcelone un forum dans lequel nous avons parlé de la justice social et du climat. Nous avions élaboré le village mondial des Alternatives qui était un grand plan de mise en avant  des solutions pendant la COP 21 dans un espace citoyen à Montreuil en France. Il y avait 12 000 personnes et au final en deux ans 550 000 personnes ont été impliquées. Pour nous, il est important de parler de ces différents thèmes, car les médias en parlent peu.

Pour en savoir plus : odysseeibnbattuta.org

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