L’art d’enjoliver

Le mardi 4 janvier 2011, en deuxième partie de soirée, figurait au programme de TF1, l’émission « Appel d’urgence ». Au sommaire, un reportage sur le difficile travail de la police dans les transports en commun parisien. Reportage ? Mises en scène ? Mohamed (Créteil) a relevé bien des erreurs dans le récit.

Il n’est pas question de remettre en cause le travail des journalistes, mais juste de relever les petites incohérences entre le sujet tel qu’il a été diffusé et la réalité du terrain.

Ainsi, lors d’une scène montrant les fonctionnaires de police du Val-de-Marne en intervention sur les lignes de bus, on observe des situations qui peuvent être assimilées à des mises en scènes. On y voit les agents, en pleine conversation avec le machiniste RATP, demander soudainement à descendre du véhicule parce qu’il y aurait deux jeunes à l’allure douteuse sous l’abri bus. Ils se mettent aussitôt à leur poursuite sans raison apparente. Malheureusement, premier « hic », entre l’instant où les policiers descendent du bus et le plan suivant, en l’occurrence la poursuite, on remarque que les lieux sont totalement différents et qu’ils ne courent derrière personne ! Par ailleurs, pendant ladite traque, on entend l’agent vedette du reportage demander des renforts pour intervenir à Villejuif-Louis Aragon… alors que la scène se déroule dans un quartier de Créteil, à savoir Les petits près-Sablières !

Apres une traque incertaine, au cours de laquelle l’un des jeunes se serait réfugié dans un immeuble, on retrouve les agents de police, rejoints par d’autres brigades, en plein cœur de la cité. Étaient-ils déjà sur place ? Et qu’est devenu le second jeune ? Des questions qui restent sans réponse. Les forces de l’ordre essuient alors un lancer d’objet, apparenté à du verre, qui ne touche toutefois personne. Par flegme ou par hasard, un agent repère l’origine du tir : un appartement au deuxième étage d’un immeuble. S’ensuit aussitôt une intervention, puis arrestation d’un jeune homme, présenté comme âgé de 19 ans… alors qu’il en a dans la réalité 22. La scène a pour théâtre le domicile des parents : dans le reportage, on présente une mère seule avec ses enfants, ce qui laisse imaginer l’absence du père. Le jeune homme, à l’issue de sa garde à vue et de son passage immédiat devant la justice, se voit condamné à deux mois de prison ferme.

Que conclure de tous ces éléments ? Simple négligence ? Ou volonté de participer à la caricature voulue de nos banlieues ? Le doute persiste jusqu’à s’interroger sur la véracité du traitement des quartiers par certains médias. En période de tensions sociales, on observe une multiplication des reportages consacrés à la banlieue et à ses dérives. De TF1 à TMC en passant par W9 ou M6, le nombre de sujets concernant les trafics en tous genres ou les rapports jeunes-policiers connaît aujourd’hui une véritable inflation sur les chaînes de télé. S’agirait-il de détourner l’attention des citoyens vers d’autres préoccupations ? En tout cas, et même si on reconstruit toujours un peu un sujet, on se demande ce qui peut justifier de tels agissements.

Mohamed Mahieddine

 

 

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