« La pauvreté c’est la fin de la démocratie « 

Propos recueillis par Salma Sarwar.

A l’occasion du FOREJE (Forum Européen des Jeunes Engagés), les 27 et 28 août dernier à Poitiers, près de 800 jeunes se sont rassemblés autour de débats et de rencontres sur l’engagement et la démocratie. Rencontre avec Frédéric Delattre un des animateurs du module « Les pauvres sont-ils exclus de la démocratie ? ». Délégué de la région Rhône Alpes pour l’Afev (Association de la fondation étudiante pour la ville), premier réseau d’étudiants solidaires intervenant dans les quartiers populaires, il dresse un constat sans concession sur le lien entre pauvreté et démocratie.

Selon vous, quels sont les critères qui définissent la pauvreté?

Je ne peux pas vous le dire, je ne suis pas expert mais avec le choix de cette animation, nous avons voulu dépasser la notion de pauvreté et nous interroger sur diverses inégalités. Par exemple quelles sont les liens entre les inégalités géographiques (villages/grandes villes) et la démocratie ? A propos des inégalités éducatives : est-ce plus facile de participer à la vie démocratique en étant diplômé ? Ou encore quel est le vote des classes populaires ? Nous avons inclus aussi la question économique.

Existe-t-il d’autres formes de pauvreté ?

Je pense qu’il y a des pauvretés… Il y a évidemment la pauvreté économique ne pas avoir d’argent et tout ce que cela engendre pour se loger, se nourrir, etc… Bref, la misère.
Mais il y a aussi la pauvreté dans les têtes, être malheureux, manquer de culture, mais aussi  qui sont le fait d’être toujours négatif, est ce que ce n’est pas une forme de pauvreté ?

Comment la pauvreté touche-t-elle les jeunes ?

Au sein de notre société qui vieillit, les gens qui ont du patrimoine c’est parce qu’ils en ont eu les moyens. Soit on est jeune et on acquière du patrimoine par héritage et il y a peu de monde, soit on l’acquière par le biais des compétences et dans ce cas là, on parle des moins jeunes. Les jeunes servent en réalité d’amortisseurs : la société patrimoniale est vieille et le fait supporter à ces jeunes qui servent de tampons pour permettre aux plus vieux de bien vivre.

Quelle est la place des pauvres dans la démocratie ? En sont-ils exclus ?

Oui je trouve que c’est un peu provocateur mais oui, le pauvre est exclu de la démocratie. Si en tant que citoyen on cautionne cette situation et qu’on l’accepte, alors oui.
C’est trop vénal quand on dit « les pauvres », « les jeunes », « les vieux », « les femmes », on met une étiquette sur une catégorie de personnes qui en représente des millions. Par contre, le fait de se dire que nous avons chacun une responsabilité, un pouvoir pour que la participation des gens en difficultés ne soit pas niée, ça j’y crois.

Les pauvres s’intéressent-ils à la politique?

J’observe, au delà de l’atelier, qu’une part des gens ne comprennent plus, ils sont perdus. Deux choses au moins mènent à cela. L’accès à l’information : nous avons tous, beaucoup plus la possibilité de comprendre les choses de manière complexe car rien n’est simple. Nous avons de moins en moins d’opportunités d’être simpliste. Ceux qui ne veulent pas savoir sont ceux qui font le choix du simplisme, on a le choix d’être intelligent ou intelligible. Si on veut on peut avoir un avis sur tout : la connexion à tweeter, Facebook et certaines chaines télé.

Et en même temps, les gens sont perdus dans la masse d’informations, c’est comme s’il fallait avoir un avis sur tout. Jean Viard dit : « Bonheur privé, malheur public »! Dans ce flux d’informations sur la société tout ce qui revient à l’action publique et au collectif est vu comme négatif. Et parce qu’on ne peut pas vivre que dans le malheur, les gens se recentrent sur leurs familles, amis, sur leur bonheur privé.

Cette pauvreté est elle un frein à la démocratie?

La pauvreté c’est la fin de la démocratie : il y a trop de gens dans la pauvreté !

Comment y remédier ?

Il faut refuser la pauvreté, nous vivons dans une société d’inégalités acceptées voire même institutionnalisées ! Le premier frein pour rattraper ces personnes-là, c’est dire « non », il y a des choses qui ne sont pas possibles. Le combat est de faire en sorte que 100% des gamins sortent de l’école avec un diplôme, alors qu’à l’heure actuelle, il y a encore un jeune sur cinq qui n’ont aucun diplôme. Dans ce monde, avec zéro diplôme, tu ne trouves pas de travail, tu ne trouves pas de logement, tu ne peux pas nourrir ta famille, etc.
L’expression « Lutter contre les inégalités » est un combat pour la démocratie qu’il faut enclencher.

L’autre point est l’éducation populaire qui n’est pas suffisante en France. Depuis les années 80, il est rare de rencontrer un enfant passé par ce mouvement, alors que ce devrait être l’inverse. L’éducation populaire c’est permettre à chaque jeune de vivre une expérience collective qui lui permettra de se situer personnellement en tant que personne et citoyen dans la collectivité.