Foot, quand la sécurité va mal

Foot : récit d’une enquête sur des mesures de sécurité bafouées

Affrontements entre les différentes « tribunes » du PSG, décès d’un supporter, non respect des décisions prises suite aux incidents : c’est la confusion générale dans le petit monde du foot. En stage pendant une semaine à LaTéléLibre fin avril, Fatoumata Diallo, Cynthia Ouamara et Sabrina Samba ont découvert que les mesures de sécurité prises pour la finale de la coupe de France, le 1er mai, n’étaient que du vent ! Le récit de leur enquête pour tenter d’élucider l’imbroglio.

Lundi 26 avril 2010, 9h30. Nous appréhendons notre premier jour de stage à la TéléLibre, car nous n’avons toujours pas trouvé de sujet de reportage. Après discussion, nous finissons par nous mettre d’accord : enquêter sur l’une des mesures de sécurité mise en place pour la finale de la coupe de France, le samedi 1er mai. De nouvelles règles ont en effet été mises en place concernant l’achat des billets pour ce match :

  • des billets nominatifs,  c’est-à-dire comprenant les noms et prénoms des acheteurs (ceux-ci doivent présenter une pièce d’identité et donner leurs coordonnées lors de l’achat de façon à être identifiables le soir du match) ;
  • un  nombre de billets limité à deux maximum par personnes ;
  • des billets non achetables en ligne et uniquement à la billetterie du Parc des Princes.

Du 19 au 26 avril inclus, la billetterie était ouverte aux adhérents de clubs de supporters. Pour les autres, l’ouverture était prévue le 27. Or, dès le 26 à 14 h, les billets étaient en vente en ligne et en grande surface, donc accessibles aux non adhérents, ce qui n’était initialement pas prévu ! Afin de vérifier ce « scoop », nous sommes allées nous procurer deux billets au magasin Auchan de Villetaneuse, et c’est avec stupeur que nous les avons obtenus sans présenter de pièces d’identité.

Ni une ni deux, nous avons tenté de savoir qui était à l’origine de ces mesures. Et de comprendre pourquoi elles n’étaient pas respectées.

Les problèmes d’insécurité lors des rencontres de l’équipe parisienne étant devenus un sujet sensible, surtout suite aux affrontements qui ont provoqué le décès d’un supporter, nous avons dû faire face aux refus répétés des institutions qui ne souhaitaient pas s’exprimer sur la question.

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Dans un premier temps, nous avons contacté l’attachée de presse du Paris Saint-Germain (PSG), laquelle nous a dirigées vers la Fédération française de football (FFF), qui à son tour nous a renvoyées vers la Ligue de football professionnel (LFP) ! Tandis que les deux organismes se renvoyaient la balle, nous avons contacté le préfet de police de Paris qui, du fait de sa compétence territoriale, nous a confirmé que les deux organismes étaient directement concernés par la mise en place de ces mesures!

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Mais pourquoi donc nous heurtions-nous à un tel refus de communiquer ? Serait-ce parce que leurs responsabilités étaient engagées ! Malgré ces obstacles, nous avons voulu continuer dans notre investigation. Nous avons fini par harceler le service de communication du ministère de l’Intérieur… qui nous a lâché qu’« aucune information ne sera communiqué à ce sujet ! ». Peut-être étaient-ils conscients des failles de leurs mesures.

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Conscientes que personne n’acceptait de prendre ses responsabilités, nous avons fait le lien entre cette mesure non appliquée et les autres décisions prises en matière de sécurité comme les interdictions de stade et dissolutions de clubs de supporters. Assisterions-nous aussi à un manque d’efficacité de ces autres mesures ?

Le commandant de la Direction de l’ordre public et de la circulation (DOPC), monsieur Wadoux, dépendant de la préfecture de police, donc du ministère de l’Intérieur, a accepté de répondre à ce sujet. Jeudi 29 avril à 9h, il nous a reçues dans son bureau pour faire le point sur les interdits de stades.

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Nous avons aussi rencontré le 26 avril l’un des porte-paroles des Authentiks, association de supporters menacée de dissolution. Ce dernier, qui a témoigné sous couvert de l’anonymat par peur de représailles, nous a expliqué comment la dissolution d’un groupe de supporters en 2008 n’avait en rien changé la donne. Il a également accepté de se prononcer sur les problèmes de la billetterie et les interdits de stade.

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Trois jours après cet entretien, son association sera dissoute par décret, suite à l’avis rendu le 27 avril par la Commission nationale consultative de prévention des violences lors des manifestations sportives.

Après avoir eu confirmation de nos doutes sur l’efficacité de telles mesures, nous avons décidé de donner la parole aux supporters, occasionnels comme réguliers, adhérents ou pas à un club de supporters.

Interview d’un supporter occasionnel, non adhérent à un club de supporters

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Interview d’un supporter régulier, adhérent de l’association Ultras, l’un des 7 clubs de supporters dissous le 29 avril dernier.

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Depuis 1993, suite aux affrontements entre supporters et/ou forces de l’ordre, une multitude de lois (par exemple celle du 6 décembre 1993 sur la sécurité des manifestations sportives ou encore celle du 5 juillet 2006 relative à la prévention des violences lors de ces manifestations) et mesures ont été mises en place pour faire reculer les incidents aux abords des stades. Or, depuis cette même période, on assiste à une augmentation des incidents au Parc des Princes (deux décès en quatre ans, 297 supporters interdits de stade, + 22 % d’incidents…).

A l’heure où le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, après avoir annoncé la création d’un service spécialisé contre les hooligans, évoque des mesures plus strictes, il est difficile de ne pas rester sceptique. Reste à savoir si les dispositifs déjà existants seront vraiment appliqués afin d’éviter les incidents comme celui du 28 février dernier ayant entraîné le décès d’un supporter.

Incident du 28/04/10 entre supporters parisiens
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Crédits Photos : (CC) Jérémy Couture

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