Amma embrasse le monde

 DOSSIER. Considérée comme une Mahatma, une « grande âme », Amma est une figure humanitaire et spirituelle indienne de renommée internationale. Elle est aussi la fondatrice et l’icône, de l’ONG « Embracing The World » (ETW) qui développe des milliers de projets sociaux, médicaux, écologiques, pédagogiques, etc., à travers le monde. Depuis plus de quarante ans, Amma, la « mère » en hindi, offre son « amour inconditionnel » à ceux qui le souhaitent en les serrant dans ses bras avec le Darshan. 35 millions de personnes ont déjà reçu son célèbre câlin. Chaque année elle sillonne la planète à la rencontre de fidèles, de bénévoles et de curieux.  Les reporters citoyens ont découvert l’incroyable phénomène en France !

Amma fête cette année ses 60 ans

 

Amma embrasse Pontoise

 

Par Assa Diarra

Le temps gris et pluvieux contraste avec la chaleur que dégage le rassemblement. Des chants spirituels s’élèvent au dessus de la grande halle Saint Martin à Pontoise, ce vendredi 18 octobre. Surélevée sur la scène, Amma trône en blanc au milieu d’une marée humaine venue pour l’embrasser ! Un sourire est suspendu aux lèvres de cette Mahatma, « grande âme », pendant qu’elle donne le darshan, l’étreinte qui a déjà enlacé plus de trente deux millions de personnes dans le monde. Cette grande figure spirituelle indienne électrise tous ceux qui l’approchent. Une atmosphère presque irréelle. 

Des milliers de personnes se déplacent chaque année pour voir Amma en France. Certains viennent de très loin, comme ces deux sœurs et leur amie qui ont fait le voyage depuis Tahiti, qui l’ont connue grâce à un film biographique. « Nous avons été tout de suite admiratives de son «amour inconditionnel» pour les autres », témoignent-elles. «Ça nous questionne sur le sens que l’on donne à la vie», confie un homme venu du Maroc avec un ami de Séville. Depuis quarante ans, Amma parcourt la planète pour partager des valeurs de paix et d’amour. Une expression d’amour universel matérialisée par une douce étreinte. Amma, « la mère » en hindi, considère qu’il est naturel pour elle « d’exprimer un amour maternel pour ses enfants ».

Au stand de l’association de la maison des jeunes, deux femmes parlent de l’origine de leur engagement : « Notre engagement vient de notre admiration pour Amma. Voir qu’il est possible dans ce monde de recevoir les gens, les écouter, qu’il y a moyen de donner aux autres, ça nous a inspiré. » Elles ne suivront pas Amma dans son tour d’Europe mais promettent de revenir l’an prochain. A l’opposé, un vieil homme aux allures de grand sage raconte sa première rencontre étonnante avec Amma : « J’étais à Madras, devant son ashram [centre spirituel]. D’abord elle ne m’a pas regardé, puis elle est revenue sur ses pas et m’a donné le darshan. J’étais paralysé pendant un bon moment. Une révélation. Je comptais rester quelques mois seulement à l’ashram, et finalement, j’y suis encore aujourd’hui !» 

Reconnue dans le monde entier, Amma a reçu plusieurs distinctions pour ses engagements (Prix Gandhi King pour la Non Violence, reconnaissance de l’ONU, etc.). A travers son ONG Embracing the world, ce sont différents fléaux auxquels elle veut s’attaquer. L’accès à l’éducation, au logement, les soins médicaux, la lutte contre la faim ou encore révéler le « potentiel féminin », Amma est sur tous les fronts et partout. Les dévots tentent de l’imiter par le seva (service désintéressé), la méditation et le yoga : « C’est l’engagement d’une vie », confie une fidèle. À Pontoise, de nombreux de bénévoles s’activent à leur tâche ; du grand coin repas, aux stands de vêtements, en passant par la sécurité… le seva se pratique à chaque tournée aussi.

C’est dans la joie et la bonne humeur que se poursuit la journée. Amma donne le darshan en continu, du matin jusque tard dans la nuit, avec une patience hors du commun. Pour en bénéficier, il faut un ticket que des centaines de personnes viennent se procurer. Une femme s’inquiète de ne pouvoir le recevoir. Son mari la rassure en résumant la pensée générale : «Quand tu auras vu Amma, ça ira mieux…»

 

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Les actions humanitaires de l’ONG sont gérées avec la force de milliers de bénévoles dans le monde

 

« Notre société n’encourage pas les

gens à voir au-delà d’eux-mêmes »

 

Par Engueran D.

Pour Amma le bénévolat est à aborder comme un apprentissage d’ordre spirituel, qui le rend unique. Présents à Pontoise lors de son tour d’Europe, deux adeptes et bénévoles français, Mathieu et Dorian nous expliquent l’intérêt de ce « service désintéressé », le « seva » en hindi.

Mathieu pourquoi as-tu choisi de devenir bénévole dans un centre Amma ?

C’est en 2006, en Inde, que j’ai rencontré Amma où elle m’a donné le Dashran. Elle m’a aussi enseigné ce que l’on appelle le « seva ». C’est du bénévolat vu comme une pratique spirituelle de travail sur soi. C’est une offrande que tu fais pour servir les autres sans attendre de reconnaissance. Bien sûr les projets que nous réalisons sont importants, mais c’est surtout comment nous le faisons qui est enrichissant. Car finalement on reçoit beaucoup en rendant des services de façon désintéressée. Cela donne du sens à ceux qui veulent une société où les valeurs de compassion, d’amour et d’entraide soient plus présents. L’état d’esprit avec lequel on effectue l’action est donc pour nous bien plus important que l’action elle-même.

Concrètement, comment fais-tu pour donner de ta personne ?

Je suis maintenant responsable du pôle écologie pour la France et l’Europe. Je suis aussi le coordinateur général du centre Amma de la Ferme du Plessis. C’est un ancien corps de ferme fortifié situé à 120km de Paris que des bénévoles rénovent depuis plus de dix ans. C’est un lieu qui compte maintenant environ 50 couchages et les gens y viennent pour des stages, des formations et des retraites spirituelles. C’est l’un des trois centres où nous avons des activités à l’année.

Quelles sont les activités de ce centre ?

Il y a des activités de méditations, des projets caritatifs, solidaires et écologiques. Nous travaillons aussi avec la jeunesse et sur le patrimoine. Vu qu’il n’y a pas de salarié, on arrive à tourner avec des coûts qui sont extrêmement réduits, et les formations sont en donation libre. Les visiteurs participent financièrement aux frais, à hauteur de 22 euros en pension complète en semaine et 33 euros quand il y a des programmes particuliers qui demandent une organisation spécifique.

Est-il possible de fonctionner uniquement sur du bénévolat dans notre société actuelle ?

Il est parfois difficile de mener à terme des projets avec seulement des bénévoles. Nous travaillons souvent en parallèle et nous n’avons pas forcément le temps d’être investis à plein temps. Beaucoup de gens ne comprennent pas pourquoi nous travaillons sans être payés et je trouve que c’est important de montrer que c’est possible. Auprès d’Amma il y a une grande diversité de personnes qui viennent de tous les milieux sociaux et ont des origines différentes. Cela nous permet de développer des qualités d’ouverture à l’autre que l’on ne retrouve pas forcément dans la société, ni dans son milieu professionnel. Amma c’est ça qu’elle aime aussi, nous voir travailler en équipe.  Dans la société actuelle la valeur du service est une valeur extrêmement importante qui tend à disparaître.

Peut-on comparer le « seva » à une religion ?

Les centres d’Amma n’enseignent pas de religion. Les gens peuvent y pratiquer leur propre tradition. L’hindouisme est un concept philosophique en rapport avec la vie, et le but de la vie c’est de retrouver ce lien avec ce divin.  C’est aussi dire que le divin est en chacun de nous, et que dieu est partout. On se retrouve ainsi à servir dieu en servant les autres. Amma dit aussi que la spiritualité, c’est l’art d’apprendre à être heureux.

Et toi Dorian, quel projet développes-tu à la Ferme du Plessis ?

On a monté un projet de sanctuaire des abeilles co-financé par l’Union européenne. C’est une ruche pédagogique qui permet aux gens de voir le fonctionnement des abeilles dans leur écosystème. La particularité n’a pas été seulement de construire le sanctuaire, mais d’appliquer une démarche participative pour induire les jeunes dans la conception, la réalisation et le suivi du sanctuaire.

Pourquoi t’es-tu investi dans ce bénévolat ?

Au cours de mes études d’ingénieur en aménagement du territoire et de l’environnement, j’ai eu la sensation de ne pas trouver de sens à mon apprentissage. On me demandait de me mettre au service de choses qui ne me correspondaient pas. Notre société n’encourage pas du tout les gens à voir au-delà d’eux-mêmes. Mon expérience de bénévole m’apprend petit à petit à ne pas me mettre continuellement au centre de mes préoccupations. Actuellement tu peux avoir 500 amis sur facebook, mais te sentir quand même parfois un peu seul.… Moi je prends maintenant plaisir à partager les choses et à les faire ensemble, et y voir ainsi toute la richesse humaine.

 

 

Les jeunes à la rencontre d’Amma

Par Hélène Aury

« Si nous voulons éviter la guerre à l’avenir, alors nous devons inculquer des valeurs à nos enfants dès leur jeune âge» explique Amma, figure spirituelle indienne, connue pour les millions d’étreintes qu’elle donne aux personnes dans le monde. En ce vendredi 18 octobre au matin, où Pontoise est encore enseveli dans le brouillard, des centaines de personnes font la queue pour obtenir le fameux ticket et bénéficier du Darshan, l’étreinte. Des jeunes mais aussi des enfants accompagnés de leurs parents sont au rendez-vous pour recevoir l’étreinte d’Amma, « la mère » en hindi.

Dans la halle d’exposition qui accueille l’événement, un espace a été spécialement aménagé pour les plus jeunes. « En 1996, à ma demande et celle d’autres parents, nous avons voulu créer un lieu qui permettrait aux bénévoles de s’occuper des enfants pendant que les parents pourraient aller méditer paisiblement», explique Véronique responsable de l’espace, au milieu d’enfants coloriant des Mandala ou des personnages de dessins animés. « Alors qu’au début, seule une dizaine d’enfants jouaient dans l’espace, aujourd’hui il y a même un espace que pour les bébés avec des petits lits et une lumière plus tamisée», ajoute-t-elle. Venue avec son petit garçon de 2 ans, Marie-Laure vient tous les ans voir Amma en France. Elle est bien heureuse qu’il y ait cet espace pour enfant, mais entre deux bouchées de noix et de baies rouges, elle avoue en murmurant « que malheureusement il ne veut pas dormir, il y a trop de choses qui se passent partout, trop de nouveaux coins à explorer et surtout pleins d’autres enfants avec qui il veut faire connaissance».

A 21 ans, Emmanuel, alias Tejas nom donné par Amma, vient quant à lui depuis qu’il est bébé ! Touché par l’abnégation d’Amma il confie : « Elle donne l’exemple pour apprendre à faire quelque chose pour les autres. Amma a eu 60 ans cette année, elle continue de faire dix heures d’affilée de darshan, sans prendre de pause, car elle sait que des personnes ont fait le déplacement de loin pour la voir. Elle continue de transmettre son message d’amour. »

En Inde, l'ONG d'Amma offre des soins, de la nourriture, des hébergements et activités pédagogiques à des milliers d'enfants
En Inde, l’ONG d’Amma offre des soins, de la nourriture, des hébergements et activités pédagogiques à des milliers d’enfants

Aurore, aujourd’hui âgée de 24 ans, a découvert Amma à l’âge de 9 ans, en accompagnant son père. Emmanuel comme Aurore, n’en parlent pas à tous leurs amis, seuls les plus proches sont au courant de leur rencontre avec Amma. C’est en grandissant que tous deux se sont ouverts pour parler de cette spiritualité. Aurore révèle que « mêmes ses amis catholiques pratiquants trouvaient cela bizarre, c’est avec le temps qu’ils ont essayé de comprendre et d’accepter. » Pour Emmanuel « les circonstances ne s’y prêtent pas toujours. Mais ce qui a véritablement aidé c’est qu’Amma est de plus en plus médiatisée et connue ».

Responsable d’Ayudh France, la branche « jeunes » de l’ONG Embracing the World -France (ETW), Dorian a quant à lui connu Amma plus tard. Après son baccalauréat, en voulant apprendre à faire quelque chose de ses mains, il s’est rendu dans un centre Amma en France, la ferme fortifiée du Plessis située à quelques kilomètres de Chartres.  C’est en allant ensuite étudier un an en Inde dans l’université d’Amma qu’il a pu constater toute l’admiration que les Indiens ont envers elle. « Des étudiants indiens, qui ont terminé leurs études aux Etats-Unis et qui auraient pu obtenir de très bons emplois là-bas, ont préféré rentrer pour servir leur pays et rendre ce que leurs a permis Amma », raconte-t-il. Son entourage était lui inquiet, mais vue la voie qu’il a pris, ils sont aujourd’hui plus que fiers et d’ailleurs ses « parents doivent se trouver quelque part dans le hall ». Membre de l’ONG, Damien explique que « Ayudh est un acronyme en sanskrit, qui signifie trouver une voix juste. Les jeunes doivent rétablir le dharma – [son essence] –  qui devrait permettre à tout le monde de vivre bien. Chacun à son dharma, il ne reste plus qu’à le trouver et à l’exprimer pour que le monde soit plus harmonieux. »

Véronique explique qu’il n’appartient qu’aux « parents d’intervenir dans l’initiation des enfants à la spiritualité d’Amma. » Pour Emmanuel, « c’est bien vrai, quand j’étais petit je suivais mes parents, mais dès l’âge de 9 ans, mes parents me laissaient le choix entre venir ou pas. Et c’est à partir de 13-14 ans que j’ai commencé à m’intéresser et à lire sur la spiritualité, car avant je trouvais cela barbant quand les gens parlaient des heures et les chants étaient un peu ennuyants. »

Tous les jeunes parlent de l’importance de la transmission des valeurs d’Amma, mais comme l’affirme l’article du Monde, « Amma, la multinationale du câlin », daté du 26 octobre 2011, « Dans ses livres, ses conférences données à l’ONU ou dans de prestigieuses universités, Amma tient un discours qu’il est difficile de critiquer. Qui oserait dire qu’il ne souhaite pas plus d’amour et de bonheur sur terre ? »