Aya Cissoko, tête haute et poings levés

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Par Myriam Attaf

C’est dans un café littéraire un peu spécial, niché en plein cœur de Sarcelles qu’Aya Cissoko, ex-championne de boxe, a choisi de livrer son histoire à travers deux autobiographies, Danbé et N’ba. Rencontre.

Née de parents d’origine malienne, en 1978 à Paris, l’ex-championne de boxe a développé très tôt un goût certain pour le challenge et l’inconnu. Tour à tour sportive de haut niveau, étudiante et auteur, son parcours est emblématique d’une qualité dont elle fera preuve à plusieurs reprises dans sa vie : la résilience.

La boxe, un coup du destin

C’est par deux pertes tragiques que tout commence. Alors qu’ Aya a 8 ans, son père et sa sœur meurent dans incendie criminel, rue de Tlemcen à Paris, en 1986. Sa famille déménage alors à Ménilmontant. Et  c’est dans ce quartier du vingtième arrondissement de Paris, alors qu’elle est à l’école primaire, qu’elle rencontrera la boxe. Alors qu’elle avait le choix entre le judo, le tir à l’arc et plusieurs autres pratiques sportives, elle opte pour un sport qui lui permettra d’exorciser ses démons, d’exprimer sans dire :

« Ce sport était le plus facile pour moi. Il collait à mon tempérament, j’avais besoin de m’affirmer.»

Un besoin qui, plus tard, se transformera en victoire. En 1999 et en 2003, elle est sacrée championne du monde amateur de boxe française et, en 2006, de boxe anglaise. Mais ses triomphes n’ont pas changé son quotidien : La jeune femme jongle entre son travail dans un magasin de sport aux Printemps et ses rounds sur le ring.

D’un univers à l’autre

Après une grave blessure, Aya doit raccrocher les gants. Il faut alors trouver un nouveau défi à relever. L’occasion d’entrer à Sciences Po se présente et l’ex-athlète saisit la balle au bond. Très vite la championne se rend compte qu’elle commence une aventure aux allures de voyage en terre inconnue : « L’environnement géographique de Sciences Po était déstabilisant… et pourtant, j’ai beaucoup voyagé ! ».

Sur le campus situé à Saint-Germain-des-Prés, elle découvre un autre Paris, bien différent de sa cité du 20ème arrondissement :  «Je n’avais jamais eu l’occasion d’aller dans ce coin de la capitale… et on ne va pas se mentir, il y une véritable ségrégation géographique !» Malgré tout, la jeune femme s’y plait et a trouvé grâce à l’institution, le moyen de satisfaire sa curiosité :

«Depuis toute petite, je m’ennuie vite et j’aime apprendre.  Science Po, c’était aussi un nouveau challenge.»


Boxer avec les mots

Toujours en quête d’un nouvel horizon, elle tourne la page SciencesPo et fait un nouveau saut dans le vide en s’essayant à l’écriture. Et c’est en participant à un recueil de témoignages consacré aux athlètes féminines qu’ Aya Cissoko fait une rencontre qui marquera le début de son expérience littéraire. Si au départ, elle n’est pas emballée par l’idée, elle change rapidement d’avis et saisit cette opportunité pour mettre des mots sur les maux : «ça faisait vingt ans que je vivais avec des drames familiaux, j’avais besoin de me délester de ce fardeau.»  

Avec Danbé et N’ba, deux ouvrages autobiographiques respectivement publiés en 2011 et 2016, elle couche ses blessures sur le papier, mais sans jamais se victimiser : ce qu’elle veut, c’est célébrer les «héros ordinaires» et les valeurs que lui a transmis sa mère : «Ma mère m’a toujours dit :

«Ne laisse personne te dire qui tu dois être. Et c’est  le danbé, cette philosophie reposant sur la dignité que je voulais retranscrire», précise-t-elle.

Mais en écrivant, Aya ne parle pas que de son histoire. Elle évoque aussi le parcours de Français qui portent en eux, tout comme elle, une culture à mi-chemin entre le Nord et le Sud et la volonté d’embrasser la multiplicité de leur identité avec fierté.

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