Radio M, la radio privée algérienne qui émet sur le web

Ihsane El Kadi, directeur et fondateur de Radio M. Crédit : Moussa Wagué
Ihsane El Kadi, directeur et fondateur de Radio M. Crédit : Moussa Wagué

Par Moussa Wagué

Unique en son genre, Radio M est la première radio privée d’Algérie. Créée en 2013 elle est disponible sur le web. Deux ans après sa création son site voyait le jour, proposant ainsi des formats podcast et vidéo. Radio M traite de l’actualité économique et politique en Algérie. On y trouve du contenu en Français et en Arabe. Ihsane El Kadi, son directeur nous a accordé un entretien.

Reporter Citoyen : Quelle est la ligne éditoriale de radio M ?

Ihsane El Kadi : Radio M est née en 2013 sur un élan d’anticipation optimiste. On pensait que dans l’élan du Printemps arabe, il y allait avoir une vraie ouverture de l’audiovisuel en Algérie. Il faut savoir que l’audiovisuel est fermé dans le pays. Il y a eu une fausse ouverture. Les télévisions ont été autorisées à émettre, mais aucune radio n’a été autorisée à se lancer. Il n’y a pas de radio FM privée dans le pays. Donc on a occupé le créneau de la radio web. Nous avions en tête l’idée que cela aller se normaliser, que nous allions pouvoir obtenir une fréquence FM.

Ce positionnement sur le web nous donne beaucoup de liberté, car c’est un modèle qui est beaucoup moins contraignant (que la FM, ndlr). Nous faisons un peu office d’électron libre dans l’offre audiovisuelle algérienne.

Nous avons des formats qui traitent de l’actualité politique, comme le Café Presse Politique de la semaine : de manière tout à fait libre nous citons les protagonistes des affaires de corruption, on essaye de décortiquer les tenants et aboutissants des affaires… Nous avons aussi plusieurs formats d’interviews, quelques-uns dédiés à l’économie.

RC :  Quel est votre modèle économique?

IK : Pour construire le modèle économique de la radio, nous avons été obligé d’ajouter des formats qui attirent des sponsors, sinon c’est difficile d’aller plus loin. C’était une nécessité.

Il y a deux formats dédiés à l’économie qui fonctionnent comme ça. Mais ça ne permet pas d’équilibrer le budget global de la radio…  On est en streaming H24, on a une playlist la plupart du temps. On a aussi 3 à 4 heures de contenus nouveaux à produire. On a plus ou moins réussi à s’autofinancer à hauteur de 50% des besoins. On a aussi fait du crowdfunding, levé des fonds auprès de l’Union Européenne,  répondu à un appel à projet de l’agence française de coopération des médias… Et on a bidouillé le studio que vous avez vu grâce à un financement multilatéral européen… On a des partenaires sponsors qui nous font confiance et qui nous ont accompagné. La tonalité générale de la radio est d’essayer d’être le plus indépendant possible. Il nous est arrivé d’avoir très peur. On a eu des entretiens qui ont mal tournés.

RC : Est-ce que vous avez eu des problèmes à cause de votre liberté de ton?  

IK : On a interviewé un général qui donnait son interprétation suite au départ à la retraite d’un général des renseignements, un sujet qui défrayait la chronique à l’époque. Ses propos avaient été mal interprétés en haut lieu. Notre interlocuteur a été incarcéré pendant neuf mois. Et nous on a failli être stoppé. Il y a eu deux autres entretiens un peu limite. Mais bon, à chaque fois, on passe entre les gouttes. On est bienheureux d’être encore là. Mais il faut bien comprendre que cette expérience est fragile sur le plan institutionnel, il n’y a pas de cadre qui définisse une web radio, ni qui autorise les sites internet en Algérie, il faut le savoir.

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