Malek Boukerchi, l’ultra-marathonien des déserts chauds et froids

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Régulièrement la Rencontre Renaissance met à l’honneur des hommes et des femmes qui partagent une expérience autour du dépassements de soi. Le 16 octobre dernier c’est l’ultra-marathonien Malek Boukerchi qui est venu raconter son expérience.

Par Moussa Wagué

« Y a-t-il des parents dans la salle ? » lance l’ultra-marathonien Malek Boukerchi au public. «Félicitations, vous êtes les plus grands ultra-marathoniens : vous passez par toutes les étapes qu’un ultra-marathonien peut vivre… élever un enfant demande une grande endurance, on l’élève pour la vie. »

Ce lundi 16 octobre, devant une cinquantaine de personnes, le consultant de 40 ans, qui se définit comme ultra-marathonien et conteur, raconte son parcours, en commençant par le début.

L’enfant des quartiers populaires devenu ambassadeur de sa ville

Malek Boukerchi a grandi à Mulhouse en Alsace, dans un milieu populaire. Dès son enfance son père l’encourage à pratiquer un sport et notamment le football. A  quinze ans il se met à la course à pieds, au point que son activité de marathonien le fait devenir ambassadeur de la ville de Mulhouse.  

« Si on m’avait dit que l’achat d’une simple paire de chaussures m’aurait emmené aussi loin (NDLR : au Pôle Sud), jamais je ne l’aurais cru » se souvient Malek, avec fierté.

Sa philosophie : tisser des rêves

Le marathon l’a amené à parcourir le monde. Il s’est notamment rendu au Burkina Faso, pays d’Afrique de l’Ouest où son envie de découvrir différents paysages et la pousse à vite quitter Ouagadougou, la capitale, pour se rendre à Bobo, un village abritant une réserve d’éléphants.

Une fois arrivé sur place il est accueilli par le chef du village qui l’invite à rester quelques jours. Une invitation qui ravi Malek, même il se rappelle quand même ne pas avoir réussi à dormir tranquillement :  des crocodiles, considérés par les habitants comme des ancêtres, traversaient régulièrement le village. Pendant la nuit Malek les entendait se déplacer, si bien que la peur de se faire attaquer l’avait empêché de dormir.

Mais c’est une autre expérience qui l’a beaucoup marquée. A l’aube, le chef du village l’invite à assister à un rituel. Tous les matins les enfants sont réunis pour soigner trois blessures. Il y a d’abord la blessure physique, puis la blessure des mots : qui causent des maux et surtout la blessure du rêve.

Cette dernière mène à l’abandon de ses projets et ses espoirs. C’est pourquoi, le chef du village convoque tous les matins les enfants afin qu’ils n’abandonnent pas leurs rêves, quelque soit la difficulté. Inspiré par cette philosophie, Malek, depuis ce séjour au Burkina, se définit comme un tisseur de rêve. C’est cette philosophie qui le pousse dans sa carrière d’ultra-marathonien.

Le temps : l’allié du marathonien

Dans notre société, on a tendance à courir après le temps pour pouvoir réaliser nos activités, explique Malek. On ne veut surtout pas être en retard. On a la perception que le temps est une denrée limitée. Alors que l’ultra- marathonien, lui, est libéré de ce type de contrainte. Il ne court pas contre le temps mais avec, continue-t-il.

« Quand le temps te presse il t’oppresse. Nous, nous reprenons possession du temps, et ça, c’est une chance », explique Malek.

Avoir le temps comme allié permet donc d’atteindre ses objectifs, explique le coureur, et de ne pas dépasser les limites de son corps.  Car s’il les dépasse, en cas de danger, personne ne sera en mesure de le secourir. Connaître ses limites devient une question de survie. «  Je ne suis qu’un amateur éclairé (NDLR : de marathon). Mais il vaut mieux un amateur éclairé qu’un professionnel non éclairé » philosophe Malek, le visage lumineux.

Se préparer pour l’Antarctic Ice Marathon

C’est en amateur éclairé qu’il s’est lancé dans l’aventure d’un ultra-marathon particulier : l’Antarctic Ice Marathon. Un voyage dans l’Antarctique demande une certaine préparation. Si Malek a pris l’habitude de courir dans les déserts chauds, le désert froid, par contre, est une autre paire de manches. Il y a plusieurs choses à gérer, explique-t-il. D’abord il y a les 10 000 € nécessaires pour l’inscription à la course, puis l’équipement pour courir dans le froid qui doit permettre l’évacuation de la sueur. Il faut aussi se rendre par ses propres moyens dans l’Antarctique et surtout faire sa préparation physique des mois en avance, pour pouvoir parcourir les 140 km.

Malek raconte avoir effectué des recherches auprès de spécialistes du froid et de sponsors. Et c’est finalement la marque de sport Décathlon qui  accepte de lui fournir l’équipement pour le grand froid. Une fois le matériel réuni il se met à effectuer sa préparation la nuit et dans des chambres froides. Courir face au froid est dangereux. Le coureur doit bouger toutes les articulations de son corps pour éviter que ses doigts ou orteils ne soient gelés et risquer une  amputation, explique l’ultra-marathonien. C’est d’ailleurs avec beaucoup d’émotion dans la voix qu’il évoque l’amputation subie par deux marathoniens pendant la course. Diego, l’un d’eux, avait accepté d’être photographié et  un silence pesant s’installe dans la salle lorsque Malek projette son portrait.

Du paradis à l’enfer blanc

Après une longue préparation de deux ans, notre ultra-marathonien est prêt pour la course. Celle-ci a lieu dans une région où les températures peuvent atteindre les – 40°. La première partie, qui est celle du marathon, se déroule dans de bonnes conditions, si bien qu’il a le temps d’observer le paysage, et se paye même le luxe de prendre des photos, qu’il fait défiler pour nous, dans un diaporama. La seconde partie de la course, elle, est plus compliquée. C’est la partie qui est définit comme l’ultra-marathon. Une fois les 42,192 km réglementaires du marathon parcourus, les coureurs ont encore devant des kilomètres supplémentairs. En l’occurence 100 km en plus.

Cependant, alors que Malek se prépare pour la seconde partie de la course, les conditions météorologiques changent, et deviennent désastreuses. Une tempête de neige se déchaîne dans les environs. La température à  l’extérieur descend à  -60°. Malek ne voyait plus les montagnes alentours, son champ de vision était réduit, il ne voyait pas au delà de 50 cm. Malgré ça  les organisateurs maintiennent la course. Malek, au bout de ses limites, ne sait pas comment gérer ce nouveau défi. Surtout qu’il lui fallait une tenue de rechange qu’il n’avait pas. Il doit alors choisir entre continuer ou abandonner. Il préfère continuer en se disant que si cela devenait trop difficile il pourrait toujours abandonner plus tard.

Malgré la fatigue, le manquement d’équipement et le peu d’expérience Malek boucle l’ultra-marathon en 22h30. Lors de son arrivée, il immortalise les derniers instant de sa course, malgré le froid. Quand il passe la ligne d’arrivée il est accueilli comme un héros par les autres ultra-marathoniens. « J’ai été accueilli comme le roi, alors que j’étais le dernier ! »  Il était peut-être dernier mais il avait réussi son défi dans des conditions épiques, digne d’un blockbuster hollywoodien. Finalement à l’entendre parler on avait l’impression que c’était un peu comme voir un Rocky Balboa s’entraîner en Sibérie  de manière rustique et battre le champion Soviétique Ivan Drago, qui se serait entraîné avec les dernières technologies.

En conditions normales, Malek aurait pu finir cette course en 14h. Le vainqueur de la course, le Tchèque Petr Vabrousek, la boucle en 11h30. Et la moyenne des participants tourne à environ 17h30. Mais aucun regret pour le Français, qui est allé au bout de son défi.

«  C’est le grand chelem, c’est une coupe du monde, ce sont les Jeux Olympiques ! Et on apprend une chose : il ne peut pas y avoir de grande victoire sans de grandes probabilités d’échec. Il faut tout simplement être le champion de soi-même et rien d’autre », conclue Malek.

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