Poils, voile et maquillage : bonheurs et tracas au féminin!

Pourquoi certaines femmes choisissent de ne pas se conformer aux normes de beauté de notre société ? Ne pas s’épiler, cacher ses cheveux ou encore bannir le maquillage, peuvent en choquer plus d’un. Entre bonheur et difficulté de s’assumer tel que l’on est, trois jeunes femmes expliquent leur point de vue. Entretiens sans tabou, entre rires et dérisions !

Propos recueillis par Shehrazade Siraj.

DES POILS EN VOILÀ !

Laura De est une jeune Belge de vingt-et-un ans, étudiante en philosophie. Elle a décidé de ne plus céder au diktat de l’épilation. Elle tient une page facebook militant contre les oppressions, sous le nom de Laura De. Elle nous explique les raisons et conséquences de son choix, dans une société où l’absence de poils, chez la femme, est un critère de beauté.

Est-ce que vous vous épiliez avant ? Depuis quand et pourquoi avez-vous cessé de le faire ?

J’ai épilé par obligation mes aisselles et mes jambes à partir de 15 ans, c’était le jour où on m’a fait une remarque sur le léger duvet de mes jambes, jusqu’à mes 18 ans où je me suis rendue compte que ce n’était pas légitime que la société réclame cela de moi. À l’époque, je rentrais à l’université et je rencontrais tonnes de gens intelligents. Mais les gens qui me blâmaient sur ma façon de gérer mon corps n’étaient pas des gens recommandables. Le fait que je fasse des choix quant à mon corps faisait filtre dans mes relations et éliminait les relations toxiques. Celles qui ne souhaitent pas mon bonheur car elles veulent que je corresponde à leurs propres critères. Lorsqu’un homme menace sa copine de la quitter quand elle a oublié de s’épiler (cas plus fréquent qu’on ne le pense), c’est clairement toxique. Une personne saine va privilégier le bien-être de sa copine, son libre choix. Pareil pour les relations d’amitié. Depuis, je me rase de temps en temps. La différence par rapport à avant est que c’est moi qui décide, il n’y a plus d’obligation. Cela symbolise pour moi la prise en main de ma liberté, je considère que la liberté, c’est le bonheur.

laura deAvez-vous rencontré des changements dans votre vie depuis que vous avez décidé de ne plus vous épiler ?

Les changements dans ma vie ne furent que bénéfiques. Comme je l’ai dit plus haut, mes relations toxiques disparaissaient à mesure où je reprenais enfin possession de mon propre corps. Et puis je me sentais mieux dans ma peau. Concernant mon entourage, les réactions sont mitigées. Mes amis ne comprenaient pas au début. Ensuite mes amies filles ont cessé de s’épiler tout le temps, comme moi, parce qu’elles voyaient bien que mes relations toxiques disparaissaient et que j’étais de mieux en mieux dans ma peau (sans compter le gain de temps, d’argent, etc.). Désormais, j’ai beaucoup d’amies filles qui ne s’épilent plus tout le temps. Mon amoureux m’a posée des questions sur les raisons de ma démarche et suite à une petite explication, il a tout de suite compris qu’il n’avait pas à décider de ce que je faisais de mon corps. Il apprécie beaucoup le fait que je sois libre et que je défende les personnes qui se sentent oppressées par les normes de beauté.

Comment vous sentez-vous en Belgique, où l’on a encore tendance à penser que la femme est imberbe ?

C’est terrifiant comme le monde est lobotomisé par la publicité et la télévision. Tout le monde semble penser qu’une femme est imberbe de naissance et que le fait qu’une femme ait une pilosité serait une anomalie, presque une pathologie. Une femme a une pilosité, les mannequins photoshopées ont une pilosité qu’elles passent des heures à épiler, elles aussi. C’est un bon exemple pour montrer comme encore aujourd’hui une norme/valeur contrôle mieux une population que la rationalité même.

Est-ce que vous trouvez que l’on respecte suffisamment la femme en Belgique ?

Je ne trouve pas qu’on respecte suffisamment les femmes en Belgique, ni nulle part ailleurs. Je dirais que les femmes seront bien traitées le jour où elles auront les mêmes droits que les hommes, déjà. Ce n’est le cas nulle part (différence de salaire, bodyshaming visant à culpabiliser autrui concernant leur apparence corporelle par la « honte de leur corps », etc.)

Quelle serait pour vous l’égalité de droits parfaite entre les femmes et les hommes ?

J’aimerais une égalité recherchée par les femmes et les hommes. Une envie commune d’améliorer le monde. Pour cela il faut d’abord accepter qu’il y a des oppressions (beaucoup ferment les yeux et se disent qu’elles vont disparaître comme ça) et reconnaître ses privilèges si on en a. Par exemple mon oppression est que je suis une femme mais j’ai les privilèges d’être blanche, de bonne condition économique, hétérosexuelle, cisgenre (personne dont le genre est en concordance avec son sexe, le genre étant le « sexe » construit culturellement, cisgenre est donc l’opposé de transgenre), etc. Du coup je ne dois pas occulter les oppressions de ceux qui n’auraient pas ces privilèges sous prétexte que je ne vis pas ces oppressions là.

Pensez-vous qu’il est difficile pour une femme de travailler tout en assumant ses poils ?

Je pense que la femme est éduquée avec toute une série de codes de bonne conduite qui relève du bodyshaming. Pour déconstruire ces codes, la femme prend du temps et ce n’est pas facile car elle se heurte à toute une société, la publicité, la télévision, les magazines… Les normes de conduite pour une femme au travail sont connues, beaucoup d’entre elles doivent porter une tenue particulière, souvent inconfortable, porter des talons, être maquillées, et entre autre, être parfaitement épilées. Des femmes se font licencier car elles ont refusé de porter une certaine tenue ou des talons. Du coup, les femmes, qui sont déjà discriminées à l’emploi, se retrouvent avec un couteau sous la gorge à devoir choisir entre liberté de leur propre corps et leur boulot.

METTRE LES VOILES !

Hinde est une Française voilée de trente-cinq ans. Auparavant, elle était assistante de direction et gestionnaire de documentation pour la SNCF et médiatrice dans différents établissements scolaires. Elle nous explique les raisons et les conséquences de son choix vestimentaire, en cette période où certains hommes et femmes politiques en France prônent l’interdiction de tout signe religieux dans les espaces publics.

Quand et pourquoi avez-vous commencé à porter le voile ?

Avant toute chose, je vous remercie infiniment car c’est la première fois que je vais enfin parler de ma situation de femme voilée en France, que je considère comme mon pays. J’ai commencé à porter le foulard à mes 30 ans, cela fait donc 5 ans. C’est pour moi une suite logique de mes convictions religieuses, une étape de plus, pour mon épanouissement personnel. Cela faisait longtemps que j’y songeais mais ce n’était jamais le bon moment. Il symbolise ma pudeur, ma dignité et surtout ma liberté. C’est assez paradoxal puisque la plupart pense le contraire. La première fois que j’ai posé un pied dehors, vêtue d’un voile, je me suis sentie libre dans mon cœur, maîtresse de mon corps et à l’abri des regards insistants et malsains que je connaissais auparavant. Avant de me voiler, j’appréciais me vêtir de façon attirante mais les hommes me déshabillaient du regard et ça en devenait gênant…

femme voilee

Est-ce que vous avez rencontré des changements dans votre vie depuis le port de ce voile ?

Oui, j’ai vu des personnes changer, surtout celles que je connaissais bien : anciens collègues, amis… La première réaction de ma famille fut l’inquiétude, par peur que l’on m’agresse et que je ne trouve pas d’emploi. Mes parents ont d’ailleurs du mal à s’y faire, contrairement au reste de ma famille qui a accepté mon choix. Comme quoi, les femmes voilées ne sont pas forcément obligées de le faire à cause de leur père ! Mais au moins, on ne me drague plus comme avant (rires). Ce qui m’a vraiment marquée, c’est le regard méprisant des gens. Mais je ne leur en veux pas, ils ont peur de moi comme je peux parfois avoir peur d’eux.

Comment vous sentez-vous en France avec tous ces débats sur la laïcité ?

Pour ma part, je suis très affectée par ces débats sans fond, bafouant les principes des droits de l’homme et de la laïcité, car il s’agit, a contrario de ce que l’on peut entendre, d’une éthique basée sur la liberté de conscience visant à l’épanouissement de l’homme en tant qu’individu et citoyen… Fameuse loi de 1905. Donc comment me sentir bien lorsqu’on me méprise, m’insulte, et me prive de droits fondamentaux ? Ces débats inutiles peuvent me mettre en danger lorsque je sors dans la rue. À ma grande surprise, on m’a déjà lancé en pleine rue : « terroriste », « rentre chez toi sale Arabe, on ne veut pas de toi ici », « encore une qui n’a rien dans le crâne, pauvre conne », sans compter les « grosse pute » et « salope », désolée pour la vulgarité de ces propos… Aujourd’hui, j’essaie de sortir le moins possible, par peur de violences à mon égard. Il m’arrive carrément de prendre des antidépresseurs et des somnifères parfois.

Est-ce que vous trouvez qu’en France, on respecte suffisamment la femme ?

Pas tant que ça, les hommes y sont souvent très machos et sexistes. Je parle en connaissance de cause, je travaillais dans un environnement d’hommes, et je peux vous dire que mes oreilles ont souffert (rires). Avant de porter le voile, j’ai travaillé dans divers domaines et à la SNCF, on me disait : « Fais-nous du café », comme j’étais l’une des seules femmes présentes… On m’a également déjà dit qu’il se pouvait que je sois « passée sous le bureau du directeur pour avoir le poste » ou on m’a lancé, sans aucune gêne : « Tais-toi femme, tu parles pour rien dire »… Au collège, en tant que médiatrice de réussite scolaire, j’étais souvent amenée à rencontrer les parents. Il y avait une certaine réticence chez les pères qui remettaient en cause mes compétences et mon expérience professionnelle, certains refusant que l’on discute au sujet de leurs enfants. Mes collègues masculins cherchaient souvent à poser leurs mains sur ma cuisse, mes hanches voire mes fesses… Je trouve que la France est encore trop patriarcale et que l’on sexualise beaucoup trop le corps des femmes.

Ce serait quoi l’égalité de droits parfaite entre les femmes et les hommes pour vous ?

Personnellement, je trouve que la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme est parfaite sur le papier. L’ennui, c’est qu’elle semble encore difficile à appliquer pour certains…

Est-ce que vous pouvez travailler avec votre voile ?

Oh j’aimerais tant, mais impossible ! Pourtant, il n’y a aucun texte de loi qui m’interdit de travailler avec mon foulard. Je ne peux prétendre à des postes à la hauteur de mes diplômes et de mes expériences. On me propose des emplois tels qu’ aide ménagère ou téléconseillère alors que j’ai suivi des études de secrétariat et de comptabilité (BEP, bac professionnel et BTS assistante de direction). Bonjour l’angoisse ! Je rêve du jour où la France ouvrira les yeux et verra notre véritable potentiel comme en Angleterre, aux États-Unis, en Suède, au Canada et dans bien d’autres pays… Ces derniers ont su tirer le meilleur pour les personnes comme moi, car nous ne demandons qu’à être reconnues en tant que citoyennes françaises et à ce que l’on respecte nos convictions. J’aime la France pour sa mixité. Elle fait sa richesse. Mais un jour viendra où on m’enlèvera peut-être tous mes droits et où je serais forcée de partir là où on m’acceptera pour ce que je suis et non pour ce que je dois être. Ca m’embête, il va falloir que j’approfondisse mon anglais (rires).

BAS LES MASQUES !

Caro est une étudiante en humanités, en région parisienne. Elle a dernièrement décidé de cesser de se maquiller.

Alicia Keys, chanteuse mondialement connue ayant publié une tribune le 31 mai 2016 sur le site Lenny Letter afin d’expliquer son choix de ne plus se maquiller

Est-ce que tu t’es déjà maquillée ?

 Oui, j’ai déjà utilisé du maquillage, parce que je voulais voir ce que cela faisait. Je n’ai pas vraiment décidé de ne plus me maquiller, ça s’est plus imposé car je n’ai jamais vraiment su me maquiller (je mettais le minimum).

Pourquoi as-tu cessé de le faire ?

Généralement, après les vacances, c’est par flemme que je ne me maquille plus et dernièrement, j’ai découvert la joie de ne plus se préoccuper de sa peau et de ses yeux, de pouvoir toucher ses yeux sans avoir peur de mettre du mascara partout, etc. C’est un repos pour ma peau et pour moi, ça symbolise quelque chose de très personnel. C’est pourquoi j’ai du mal avec le discours soi-disant féministe mais tout autant paternaliste : « wow il faudrait passer au nude et arrêter de se maquiller, beaucoup trop de filles se maquillent !!! « . En fait, chacun et chacune fait ce qu’il veut de son eye-liner et de sa poudre, tant qu’il/elle est content.e. Si quelqu’un ressent le besoin de mettre du rouge à lèvres, du mascara, etc, c’est qu’il/elle en a envie, c’est tout et je n’ai pas mon mot à dire dessus.

Est-ce que tu trouves qu’en France, on respecte suffisamment la femme ?

En France, je trouve que l’on parle du respect de « la femme » mais « les femmes » ne sont pas prises en compte dans toute leur diversité, entraînant forcément une pluralité de choix. Le sexisme est assez intégré par la société. Certaines personnes pensent être en mesure de juger, de catégoriser et de mettre sous leur joug certaines femmes, comme pour le voile, en prétendant que c’est anti-féministe, alors que c’est justement cette position d’autorité qui l’est.

Quelle serait selon toi l’égalité de droits parfaite entre les femmes et les hommes ?

L’égalité parfaite se résumerait au fait de ne plus avoir à y penser, justement. De ne pas calculer et être dans la stratégie pour simplement avoir accès aux mêmes positions.

Penses-tu qu’il est difficile de travailler pour une femme ne souhaitant pas se maquiller ?

Je pense que ça peut être difficile dans le contexte d’un job donné, je pense aux hôtesses, où le sexisme règne. En revanche, si le job ne requiert pas ce critère, après quelques remarques, je pense que ça peut rester simple.

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