Ahmédia : « Une chorba pour tous, c’est ma famille »

Aux côtés des 80 bénévoles de l’association, une nouvelle recrue, Ahmédia, a fait son entrée à « Une chorba pour tous » depuis le 1er jour du ramadan. Elle a fait part à Hana des raisons de son engagement et de son besoin d’aider les plus démunis. Et lui a raconté sa propre histoire.

Elle met sa recherche d’emploi entre parenthèses durant ce mois sacré du ramadan afin de se consacrer exclusivement aux personnes les plus démunies en tant que bénévole à « Une chorba pour tous ». C’est une amie qui lui a fait connaître l’association. Depuis le 1er août, Ahmédia donne de son temps tout en jeûnant et en aidant les personnes qui viennent manger tous les soirs dans ce chapiteau du 19e arrondissement de Paris.

Sa journée commence à 16h, quand les mini-camions arrivent avec la chorba prête à être servie. Tous les plats sont préparés et réalisés dans les locaux de l’association par d’autres bénévoles et le cuisinier Reda. Son rôle ? Distribuer des colis et mettre sur les tables les assiettes et couverts avant de servir repas et boissons à l’heure de la coupure du jeûne. L’association sert environ 900 repas par jours. Ahmédia ne chôme pas et, même durant l’interview, des personnes l’ont sollicitée à plusieurs reprises pour lui demander quelque chose.

L’une des tâches qu’elle apprécie le plus, c’est la collecte auprès des particuliers ou de la grande distribution, qu’elle a déjà effectuée deux fois. Elle aime lire les expressions sur les visages, la joie que cela provoque de remettre des dons. Et cela l’encourage encore davantage dans son travail quotidien.

L'association à la Fête de L'Huma en 2006

Au fil des jours, l’association lui tient à cœur, surtout pour cet « esprit de famille » qui s’installe si rapidement entre les nouveaux et les anciens bénévoles. C’est une valeur qu’elle chérit particulièrement. Le fait qu’ils travaillent ensemble, chaque jour, pour lutter contre la pauvreté, cela permet de tisser des liens forts et de se retrouver en communion lors de la coupure du jeûne.

A bientôt 22 ans, elle n’a pas eu une adolescence facile et a été confrontée à la rue. Avec émotion, elle m’explique : « Ce que je fais aujourd’hui pour ces personnes, j’aurais aimé qu’on le fasse pour moi à l’époque ». J’essaie d’en savoir un peu plus sur son parcours et je lui demande ce qui s’est passé dans sa vie. Elle m’explique avec pudeur, et sans trop entrer dans les détails, que son père est mort dans son enfance et qu’à l’âge de 15 ans, c’est sa mère qu’elle a perdue ! La relation avec son beau père se détériore rapidement. Ahmédia décide alors de quitter définitivement l’appartement. Et se retrouve seule à la rue.

Elle n’a pas d’autre famille, ni frères et ni sœurs. Elle s’est débrouillée tant bien que mal. Parfois, elle se rendait dans des foyers pour dormir.

Aujourd’hui, elle est toujours confrontée à des difficultés, notamment pour obtenir un logement fixe. Elle n’a pas l’intention pour autant de relâcher ses efforts. Actuellement, elle vit chez une amie qui l’épaule. De caractère combatif et croyant, la religion l’aide à surmonter les épreuves douloureuses de sa vie. Car, comme elle dit : « J’ai eu des hauts et des bas, c’est le destin ».

Lorsqu’elle retrouvera un travail dans le secteur de la vente, et si ses horaires le lui permette, elle a bien l’intention de continuer à faire du bénévolat le reste de l’année. « Une chorba pour tous » n’a pas fermé ses portes à la fin du mois d’août. Le ramadan est terminé, mais le combat continue. En 2009, 300 000 repas ont pu être distribués grâce aux dons !

Hana Ferroudj

 

Les autres bénévoles

Comment ne pas parler de toutes ces petites mains sans qui l’association ne fonctionnerait pas ? Des mamans, des grands-mères, des jeunes filles, des hommes aussi… qui se donnent rendez-vous ici. Certains ont mis leur vie familiale entre parenthèses pour se soucier des plus démunis. Ce sont, par exemple, Malika Zammouri et Tata Rabia, 13 ans d’ancienneté chacune, qui sont bénévoles le reste de l’année. Mais aussi Salima, 10 ans, et Zahia, 7 ans. Ou encore Imen, qui a commence à l’âge de 13 ans et en a aujourd’hui 29 !

Tous ces bénévoles qui ne relâchent jamais leurs efforts et se battent avec corps et armes. Je devrais plutôt dire avec leur cœur ! En restant deux à trois jours avec eux, je me suis rendu compte de l’énergie qu’ils déploient au quotidien sans jamais se plaindre. Heureusement qu’ils existe encore des personnes de bonne volonté qui donnent ainsi de leur temps !

Une chorba pour tous

Contact : 168, rue de Crimée 75019 Paris (métro Crimée, ligne 7)
Tél. : 01 40 36 17 50 – Fax : 01 40 36 00 86

http://www.chorbapourtous.org

(en octobre 2011, l’association va déménager dans des nouveaux locaux, toujours dans le 19e arrondissement).

 

 

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